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Séance 9 – 18 juin – Maëlys Girault (Université de la Rochelle, LIENSs), “Trajectoire coloniale et gouvernance de l’adaptation au changement climatique”

Le 18 juin, à 18h (CET), salle 306 de l’Institut de Géographie de Paris et en visio (lien de visio : https://visio.numerique.gouv.fr/ikt-qekg-hmj), Maëlys Girault (Université de la Rochelle, LIENSs) assurera la 9ème et dernière séance du séminaire Pasifika (saison 3).

Titre : Trajectoire coloniale et gouvernance de l’adaptation au changement climatique

Résumé : Dans le contexte des territoires du Pacifique, les questions environnementales et climatiques entretiennent un lien étroit avec les trajectoires coloniales et leurs héritages géographiques, sociaux, politiques, économiques et culturels. Des travaux récents explorent la manière dont certains processus coloniaux – politiques de dépossession foncière, déplacements de population, application d’un système d’exploitation et de domination – ont impulsé de profondes transformations socio-spatiales dont les conséquences perdurent à travers des vulnérabilités climatiques accrues et de faibles capacités d’adaptation (Parsons et al. 2019 ; Robinson et al. 2023). Notre recherche s’inscrit dans ces perspectives en défendant l’importance d’historiciser l’adaptation au changement climatique.

Défendre un ancrage historique de l’adaptation en la réinscrivant dans les trajectoires de colonisation-décolonisation des territoires doit permettre deux choses. D’une part, en saisissant la profondeur temporelle des risques climatiques, cette approche contribue à les « dénaturaliser » en mettant en exergue la genèse de leur production sociale, ainsi que ce que le courant critique de la géographie des risques et des catastrophes au tournant des années 1990 désignait par les « causes profondes » ou structurelles de la vulnérabilité (Blaikie et al. 1994, Lewis et Kelman 2010). D’autre part, historiciser l’adaptation revient également à interroger comment un contexte structuré par l’histoire façonne les politiques de réduction des risques mises en place. Nous faisons à cet égard l’hypothèse que les capacités d’adaptation des territoires dépendent non seulement de contraintes structurelles ancrées dans les processus historiques (économiques, politiques, socio-culturels), mais également du traitement de ces héritages par les politiques climatiques, à travers des mécanismes d’invisibilisation, d’effacement ou de réappropriation stratégique.

Nous tenterons d’illustrer cette approche, en l’appliquant à la problématique de la relocalisation face aux risques côtiers en Nouvelle-Calédonie. Nos travaux visent à montrer que certaines situations observées sur la côte Est, notamment à Touho et Ponérihouen, ne peuvent être pleinement comprises sans référence à l’histoire des déplacements forcés de familles Kanak orchestrés par les politiques coloniales de dépossession foncière. Ces déplacements ont durablement marqué les dynamiques de peuplement sur le territoire et contribué à nouer l’adaptation au changement climatique à la question foncière.

Présentation de l’intervenante : L’intervenante est doctorante en géographie à l’Université de La Rochelle, rattachée au Laboratoire LIENSs et au projet de recherche FUTURISKs. A travers l’analyse des politiques d’adaptation au changement climatique dans deux territoires français du Pacifique, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, son travail de thèse s’attache à défendre l’importance d’ancrer la problématique des risques côtiers actuels et futurs dans la trajectoire historique des territoires.

Lectures préalables :

Blaikie, Piers, Terry Cannon, Ian Davies, et Ben Wisner. 1994. At Risk: Natural Hazards, People’s Vulnerability, and Disasters.

Lewis, James, et Ilan Kelman. 2010. « Places, People and Perpetuity: Community Capacities in Ecologies of Catastrophe ». ACME: An International Journal for Critical Geographies 9 (2): 191‑220. https://doi.org/10.14288/acme.v9i2.866.

Parsons, Meg, Johanna Nalau, Karen Fisher, et Cilla Brown. 2019. « Disrupting path dependency: Making room for Indigenous knowledge in river management ». Global Environmental Change 56 (mai): 95‑113. https://doi.org/10.1016/j.gloenvcha.2019.03.008.

Robinson, Stacy-ann, Allison Douma, Tiffany Poore, et Kabir Singh. 2023. « The role of colonial pasts in shaping climate futures: Adaptive capacity in Georgetown, Guyana ». Habitat International 139 (septembre): 102902. https://doi.org/10.1016/j.habitatint.2023.102902.

Séance 8 – 4 juin– Anuata Tetuanui (EPHE, CRIOBE), “Le rāhui et la gestion des lagons polynésiens : entre hybridation, appropriation spatiale et défis d’équité ?” et Tamatoa Tepuhiarii (Université d’Hambourg), “Māòhi faatiàraa: Monde nucléaire et le long chemin vers l’indemnisation, la réconciliation, et la guérison”

Le 4 juin, à 18h (CET), salle 304 de l’Institut de Géographie (Paris) et en visio (lien de visio : https://visio.numerique.gouv.fr/ikt-qekg-hmj), Anuata Tetuanui (CRIOBE) et Tamatoa Tepuhiarii (Université d’Hambourg) assureront la huitième séance du séminaire Pasifika :

Première communication

Titre : Le rāhui et la gestion des lagons polynésiens : entre hybridation, appropriation spatiale et défis d’équité.

Résumé : « En Polynésie française, le rāhui peut être appréhendé comme une institution ancestrale à double dimension : régulant, d’une part, l’accès aux ressources dans le temps et l’espace, et d’autre part, ancrant l’autorité d’individus ou de groupes sociaux sur un territoire. Interdit ou instrumentalisé à l’époque coloniale, le rāhui renaît d’abord de manière communautaire dans certaines îles (Rapa, Mai’ao et Huahine) puis est réapproprié depuis les années 2000 dans des dispositifs ‘hybrides’, combinant savoirs locaux et scientifiques, cadres juridiques et institutionnels. Ses formes variées affichent des objectifs divers : la préservation des ressources, la gestion des conflits, le maintien de la pêche artisanale, etc.. Promu sur la scène internationale (UNOC 2025) comme modèle de souveraineté communautaire pour la protection des récifs coralliens, le rāhui est mobilisé comme une vitrine pour atteindre les principes internationaux de bonne gouvernance environnementale : préservation écologique, co-gestion adaptative et reconnaissance des pratiques culturelles coutumières.

Pourtant, un paradoxe émerge : la promotion accrue du rāhui, aussi bien localement qu’internationalement, renforce sa visibilité tout en risquant de diluer ses fondements culturels, chacun y projetant sa propre définition. L’analyse de rāhui via les cadres scientifiques sur l’équité dévoile des tensions liées aux inégalités de représentativité des communautés au sein des instances de gestion, à la légitimité contestée des acteurs, ou la capture du pouvoir par des élites locales. De plus, la mise en place d’un rāhui met en évidence des conflits d’appropriation dans la revendication d’une autorité sur le lagon, ancrée dans le mata’eina’a (division traditionnelle du territoire allant du récif à la montagne), entrant en contradiction avec le droit national, qui considère la mer comme un domaine public. La problématique du braconnage révèle alors des tensions entre légalité et moralité : en raison des nouvelles réglementations et d’un discours globalisé privilégiant la conservation écologique, des pratiques locales ancrées depuis des générations sont désormais criminalisées, moralement décriées, privant certains habitants de leurs zones de pêche habituelles et bouleversant des modes de vie liés à la pêche lagonaire. 

Présentation de l’intervenante : Anuata Tetuanui est doctorante en anthropologie de l’environnement à l’université Paris-PSL et à l’École Pratique des Hautes Études, rattachée au laboratoire du CRIOBE. Ses travaux portent sur la réappropriation du rāhui dans la gestion lagonaire en Polynésie française, à travers l’étude de ses dynamiques socio-écologiques, des perceptions locales et l’équité de ces mesures.

Lecture recommandée: 

(LIVRE) Bambridge, T., Gaulme, F., Montet, C., & Paulais, T. (2019). Communs et océan: Le rāhui en Polynésie. Au vent des îles-éditions Pacifique.

(ARTICLE) Fabre, P., Le Meur, P.-Y., Mawyer, A., & Bambridge, T. (2022). Entre conflits et coopération: La gouvernance hybride des rāhui marins en Polynésie française. Revue d’anthropologie des connaissances, 16(2). https://doi.org/10.4000/rac.27989

Seconde communication

Titre : Māòhi faatiàraa: Monde nucléaire et le long chemin vers l’indemnisation, la réconciliation, et la guérison

Résumé
Des récits cosmogoniques aux généalogies, des paripari fenua (chant célébrant un lieu) aux ôrero (discours, déclamation), l’oralité a toujours constitué un pilier fondamental des populations autochtones du Pacifique. Elle ne se limite pas à un mode d’expression, mais représente une structure existentielle vivante, ancrée dans les relations, la responsabilité et la transmission de connaissances, de la création du monde à la vie quotidienne. Si les traditions occidentales fixent la connaissance dans l’écrit, les cultures à tradition orale la font émerger à travers diverses formes de performance et d’interaction. Ainsi, l’oralité se présente comme un système de production et de transmission de savoirs incarnés, collectifs et situés.

À Māòhi Nui/Polynésie française, territoire marqué par les 193 essais nucléaires français entre 1966 et 1996, l’oralité prend une dimension particulière. Les récits liés au « monde nucléaire » – témoignages, chants, poèmes, œuvres artistiques ou autres formes d’expression – témoignent de la diversité des manières de dire et de comprendre cet événement. Pourtant, ces narrations restent bien souvent enfermées dans des lectures réductrices qui les limitent à l’émotion, à la résistance, à la nostalgie ou au refus du projet du Centre d’expérimentations du Pacifique (CEP) sans reconnaître pleinement leurs dimensions historiques, relationnelles et épistémologiques. 

Cette recherche propose d’examiner les narrations māòhi comme des formes de connaissance, porteuses de sens et d’expériences vécues. Elle s’intéresse à la manière dont ces récits rendent compte des expériences du nucléaire, tout en participant à des processus de vérité, de reconnaissance et de guérison. En ce sens, écouter et comprendre ces narrations revient à interroger les conditions de production du récit : qui parle, pour qui, et dans quels cadres de pouvoir. 

Soixante ans après le début des essais nucléaires, de nombreuses narrations māòhi ont émergé et continuent d’évoluer et de se diversifier, constituant à la fois une mémoire collective et individuelle. Cette thèse vise à les analyser comme des formes de représentation discursives, en étudiant les processus à travers lesquels les Māòhi construisent leurs représentations du monde, de l’histoire et de leurs propres trajectoires biographiques. 

L’étude des narrations autochtones implique d’abord de dépasser les lectures limitées aux récits de résistance, de discours des anciens travailleurs des sites nucléaires ou des acteurs religieux protestants et des artistes, non pas pour les dévaluer, mais afin de considérer la population māòhi dans la diversité de ses enjeux identitaires, de ses expériences et de ses perspectives, selon des catégories sociales et socioprofessionnelles variées. Ensuite, cette recherche propose d’analyser les récits au-delà d’un cadre chronologique linéaire, structuré par un début et une fin, pour les envisager à travers une temporalité autochtone pensée comme un continuum cyclique, intergénérationnel et relationnel, reliant les expériences de 1966 à 2026. Enfin, cette recherche considère les narrations et les expériences vécues autochtones comme des formes légitimes d’expertise et de production de savoirs au même niveau de légitimité que les savoirs scientifiques et politiques occidentaux. Comprendre et interroger ces voix revient ainsi à mettre en lumière des voies possibles d’indemnisation, de réconciliation et de guérison.

Cette recherche s’articule autour de plusieurs questions : pourquoi est-il essentiel d’analyser les narrations autochtones dans le contexte nucléaire ? Comment ces récits peuvent-ils soutenir les communautés affectées dans les processus d’indemnisation, de réconciliation et de guérison ? Dans quelle mesure ces récits permettent-ils de renverser la focale nucléaire centrée sur les sciences, qui se déplace de la légitimité scientifique vers la légitimité des représentations autochtones dans le traitement contemporain du nucléaire ?

Pour répondre à ces enjeux, cette recherche adopte une approche en trois temps : (1) une analyse conceptuelle des notions clés liées aux récits, aux narrations ; (2) une étude des récits existants, complétée par la collecte d’archives dans différents espaces locaux: privés et publics ; (3) une évaluation du poids des expériences vécues dans les instances politiques et scientifiques, et vice versa, l’influence de ses institutions sur les récits māòhi. 

Présentation de l’intervenante :

Tamatoa Tepuhiarii est un chercheur associé Māòhi (originaire de Māòhi Nui/Polynésie française) et doctorant à l’Université de Hambourg (Institut de géographie, Allemagne). Ses recherches portent sur les récits autochtones autour du monde nucléaire dans le cadre du projet « Nuclear Justice and Gender in the Sea of Islands ».

Il a contribué activement aux plaidoyers régionaux et internationaux en faveur de la justice nucléaire, notamment en tant que délégué de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN) lors des réunions des États parties au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Il s’est également engagé dans des initiatives régionales de leadership et dans l’élaboration de politiques de jeunesse dans le Pacifique.

Son travail s’ancre dans une expérience vécue et un engagement fort en faveur des savoirs autochtones, de la justice environnementale, de l’égalité de genre et de la représentation des jeunes dans le Pacifique.

Tepuhiarii, T., & Ahmed, N. (2025). Addressing the impact of French nuclear testing in Mā’ohi Nui (French Polynesia). In S. Casey-Maslen & G. L. Østern (Eds.), Is it safe? A framework for assessing and addressing the ongoing humanitarian and environmental consequences of nuclear testing (chap. 15, pp. 171–185). Norwegian People’s Aid. 

https://online.flippingbook.com/view/717828525/

Lectures recommandées :

Mangioni, T. L. (2024). Art/Story of the Niuklia Fri Pasifik: On Doing Creative Pacific Histories. The Journal of Pacific History, 59(1), 37–59. https://doi.org/10.1080/00223344.2023.2297067 

Ledderucci, C. (2025). From Nuclear Colonialism to COVID-19 Scepticism: Navigating Political Suffering in French Polynesia. The Asia Pacific Journal of Anthropology, 26(3), 189–206. https://doi.org/10.1080/14442213.2025.2462046 

Maurer, A. (2025). The role of religion in Mā’ohi antinuclear literature: Weaving Christian liberation theology and Indigenous cosmogonic stories. ISLE: Interdisciplinary Studies in Literature and Environment. Advance online publication. 

https://doi.org/10.1093/isle/isaf008

Tropp, J. (2026). Globalizing Diné (Navajo) stories of radioactive injustice: Transnational and settler colonial politics of uranium mining in the late 1970s and early 1980s. Regeneration: Environment, Art, Culture, 2(3), 1–20. 

https://doi.org/10.16995/regeneration.16996

Séance 7 – 7 mai – Renaud Meltz (CNRS, CAK), “Les essais nucléaires français dans le Pacifique : une entreprise militaire qui confine à l’expérience de guerre ?” et Maxime Launay (IRSEM), “Du “CEP” au “SMA” : continuités et transformations de la présence militaire en Polynésie française”

Le 7 mai , à 18h (CET), salle 304 de l’Institut de Géographie (Paris) et en visio (lien de visio / changement d’outil : https://visio.numerique.gouv.fr/ikt-qekg-hmj), Renaud Meltz (CNRS, CAK) et Maxime Launay (IRSEM) ont assuré la septième séance du séminaire. 

Première communication

Titre : Les essais nucléaires français dans le Pacifique : une entreprise militaire qui confine à l’expérience de guerre ? «

Résumé : « C’était le club Med. À Moruroa, c’était le club Med » se souvient un ancien travailleur Tahitien, interrogé en 2018 ». « Moi j’ai fait la 3e guerre mondiale, j’ai fait les essais nucléaires » proclame un Paumotu en 2025. Comment expliquer, à peu d’années de distance, l’écart entre ces mémoires du CEP?Cela vient d’abord du fait que, sur le vif, les autorités franaçaises, commes celles des autres puissances dotées, ont tout fait pour dissocier les essais nucléaires, en temps de paix, sur un territoire national, de l’expérience de guerre. Pour autant, alors que d’autres pays ont confié la gestion de leurs essais à des institutions civiles, c’est bien l’armée qui créée les polgynes de tirs et gère les expérimentations, en Algérie puis en Polynésie.

Aussi bien la nucléarisaiton de la Polynésie française, qui a concerné l’ensemble des archipels, fut une militarisation dans la mesure où il s’agissait d’une entreprise militaire, qui concernait les lieux et les esprits, et qui expérimentait non seulement des engins, mais aussi des armes, parfois dans des conditions opérationnelles lorsqu’un Mirage tirait la première tête des débuts de la force de frappe. Mais s’agissait-il pour autant d’une expérience de guerre ? L’expression fut parfois utilisée par les politiques (Hernu) face à l’opposition combinée des ONG écologistes, militant contre les essais et l’espionnage des Puissances ennemies (URSS) ou de partenaires malveillants. Par-delà ces discours nous verrons comment les pratiques et les mémoires peuvent associer les expérimentations nucléaires à une expérience de la guerre. 

Présentation de l’intervenant : Renaud Meltz, directeur de recherche au CNRS, responsable du SOSI « Observatoire des hériages du CEP, a publié avec Alexis Vrignon, Des bombes en Polynésie: les essais nucléaires français en Polynésie (Vendémiaire 2022) et a récemment co-dirigé avec Florence Mury le numéro thématique  d’Histoire@Politique « La Polynésie française au temps de l’impérialisme nucléaire : un laboratoire pour expérimenter la modernité » (2026). 

Lecture recommandée: 

Renaud Meltz et Manatea Taiarui, « Le Centre d’expérimentation du Pacifique, laboratoire de la science française en situation coloniale : maîtriser l’atome », Histoire Politique [En ligne], 58 | 2026, mis en ligne le 01 avril 2026,  URL : http://journals.openedition.org/histoirepolitique/23525 ; DOI : https://doi.org/10.4000/163jx

Seconde communication

Titre : Du “CEP” au “SMA” : continuités et transformations de la présence militaire en Polynésie française

Résumé
Cette communication propose d’analyser le Service militaire adapté (SMA) en Polynésie française comme terrain d’étude privilégié des recompositions sociales et mémorielles à l’œuvre après la fin des essais nucléaires du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). Loin de disparaître après la fermeture du CEP dans les années 1990, l’institution militaire a renforcé son rôle à travers la mission d’insertion socio-professionnelle qui lui est confiée.
Créé en 1989, le RSMA-PF s’inscrit dans une double filiation : celle d’une présence militaire ancienne dans le Pacifique et celle des politiques publiques d’encadrement de la jeunesse ultramarine. À partir d’une enquête de terrain menée depuis 2024, cette communication déploie une réflexion en trois axes. D’abord, le SMA apparaît comme une institution postcoloniale paradoxalement consensuelle en Polynésie, malgré ses origines liées à des logiques de contrôle social dans les années 1960. Ensuite, il s’inscrit dans des dynamiques de circulation anciennes, contribuant à organiser mobilités internes entre archipels et, dans une moindre mesure, vers la métropole. Enfin, le SMA participe aux reconfigurations post-nucléaires, notamment à Hao, en réinvestissant d’anciens espaces du CEP et en s’inscrivant dans de nouveaux enjeux stratégiques et de développement.
L’enquête montre que les jeunes volontaires s’approprient le SMA avant tout comme un outil d’émancipation individuelle et d’insertion professionnelle, plutôt que comme une institution militaire au sens classique. Leur rapport au fait nucléaire apparaît ambivalent : présent le plus souvent dans les mémoires familiales et culturelles, il n’est ni central ni unanimement critique. Ainsi, le SMA constitue un observatoire pertinent des (dis)continuités de la présence militaire et des dynamiques sociales dans la Polynésie contemporaine.

Présentation de l’intervenant : Chercheur au sein du domaine « Défense et Société » de l’IRSEM,Maxime Launay est docteur en histoire contemporaine de Sorbonne Université. Sa thèse, fondée sur des archives militaires, gouvernementales, parlementaires et partidaires, ainsi que sur un corpus de témoignages oraux, a reçu le Prix de thèse de l’Assemblée nationale et le Prix spécial de l’IHEDN et a été publiée aux éditions Nouveau monde sous le titre La gauche et l’armée en France. De Mai 68 à nos jours. Il travaille aujourd’hui notamment sur le rôle des forces armées dans les outre-mer.

Lectures recommandées :

Ledderucci, Claudia, « L’école de la deuxième chance. Articulations souveraines autour du régiment du Service Militaire Adapté en Polynésie française », Journal de la Société des Océanistes, n° 158-159, 2024, p .165-178.

Mary, Sylvain, « La genèse du service militaire adapté à l’Outre-Mer : Un exemple de rémanence du passé colonial dans la France des années 1960 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 132, 2016. p. 97-110.

Sierra-Paycha Celio, Mora Manon, Lelièvre Eva, « L’armée et la jeunesse des Outre-mer : le cas de la Polynésie française », Agora débats/jeunesses, n° 94, 2023, p. 97-116.

Séance 6 – 26 mars – Sarah Mohamed-Gaillard (INALCO, CESSMA UMR245) – “Concurrences internationales et agentivités insulaires en Océanie”

Le 26 mars prochain, à 18h (CET), salle 304 de l’Institut de Géographie (Paris) et en visio (lien de visio / changement d’outil : https://visio.numerique.gouv.fr/ikt-qekg-hmj), Sarah Mohamed-Gaillard (INALCO, CESSMA UMR245) assurera la sixième séance du séminaire consacrée au thème suivant : 

Concurrences internationales et agentivités insulaires en Océanie

Résumé

Longtemps marginalisée voire ignorée des analyses en relations internationales l’Océanie suscite, ces dernières années, un intérêt nouveau alimenté par l’influence gagnée par la République Populaire de Chine comme par l’affirmation de stratégies Indopacifique. L’Océanie est ainsi devenue un théâtre régional de plus en plus traversé par les ambitions et la concurrence d’acteurs internationaux, qu’il s’agisse de puissances historiquement présentes dans la région ou de nouveaux partenaires. S’il est nécessaire de prendre en considération ces acteurs mondiaux comme les effets locaux et régionaux de leurs stratégies, cette nouvelle donne diplomatique impose de considérer les États et territoires insulaires d’Océanie comme des acteurs géo­politiques avec lesquels il faut compter. Il importe ainsi de décentrer le regard porté sur ces îles, leurs sociétés et leurs gouvernements de saisir les normes, valeurs et agendas qui sous-tendent leurs conceptions et pratiques diplomatiques et sécuritaires. Le surgissement de l’Océanie dans le jeu mondial appelle donc à prendre en compte les diplomaties océaniennes qui, dans un contexte post-colonial, participent de l’affirmation de souveraineté des Etats et des territoires insulaires.

Cette communication abordera ainsi la nécessité de faire évoluer les cadres d’analyses pour ne plus penser les relations régionales et internationales en Océanie par le prisme univoque d’une grammaire occidentale. Elle soulignera aussi l’impératif de penser les enjeux pluriels de la souveraineté et abordera enfin des exemples manifestant la capacité d’action des diplomaties océaniennes.

Proposition de lecture préalable

KORO, Maima, MCNEILL, Henrietta, IVARATURE, Henry, et al. Tā, Vā, and Lā: Re-imagining the geopolitics of the Pacific Islands. Political Geography, 2023, vol. 105

Séance 5 – 19 mars – Mark Collins (AMU, CREDO) – « Soigner ou détruire » : tensions entre conservation et exploitation du vivant sur l’île de Lavongai (Papouasie-Nouvelle-Guinée)

Le 19 mars prochain, à 18h, salle 304 de l’Institut de Géographie et en visio (lien de visio / changement d’outil : https://visio.numerique.gouv.fr/ikt-qekg-hmj), Mark Collins (AMU, CREDO) assurera la cinquième séance du séminaire consacrée au thème suivant : 

« Soigner ou détruire » : tensions entre conservation et exploitation du vivant sur l’île de Lavongai (Papouasie-Nouvelle-Guinée)

Résumé

Sur l’île de Lavongai, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, on observe depuis quelques décennies l’arrivée de plus en plus prégnante de conceptions mondialisées concernant la « bonne gestion » des espèces et des espaces littoraux. En 2025, une « aire marine protégée » (MPA en anglais) a ainsi été créée dans les eaux qui entourent l’ensemble de l’île suite à un travail de longue haleine entrepris par une ONG internationale. Ce dispositif impose notamment des restrictions sur les espèces qui peuvent être prélevées (protection totale des requins, raies, tortues marines, entre autres), sur les agrès, et sur les horaires de pêche. Cette approche se heurte néanmoins à des difficultés considérables en matière d’applicabilité, puisqu’il n’existe pas de ressources ni de personnel pour contrôler leur effectivité. Elle vient également se confronter à des aspirations locales en matière de « développement ». Celles-ci sont largement influencées par l’exposition croissante aux médias numériques, qui, bien qu’inaccessibles sur l’île faute de télécommunications, peuvent être consultés en ville, à Kavieng, à environ deux heures de bateau. Cette intervention au sein du séminaire Pasifika, sera donc consacrée à l’exploration des multiples déterminants et effets de cette inscription croissante d’un territoire marginalisé tel que Lavongai dans une mondialisation des attentes en matière de conservation de la biodiversité, face à l’aspiration des populations locales à un mode de vie qu’elles qualifient de plus « développé ».

Présentation de l’intervenant

Mark Collins est anthropologue, il enquête en Papouasie-Nouvelle-Guinée sur les aspects culturels des interactions humaines avec les animaux marins. Il est actuellement chercheur post-doctorant associé au Centre de recherche et de documentation sur l’Océanie (Aix-Marseille Univ., CNRS, Credo, Marseille), co-responsable du projet de recherche Threats to marine biocultural diversity in the Bismark Sea (Papua New Guinea) financé par la FMSH.Ses recherches portent sur les interactions entre culture et environnement, l’anthropologie marine, les relations entre humains et animaux, ainsi que les impacts du changement climatique et de la mondialisation sur l’ensemble de ces dimensions de la vie sociale. Il a mené des travaux de terrain sur l’île de Lavongai, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où il s’est rendu en 2019, 2021-2022, 2023 et 2025, pour un total de 17 mois. Sa thèse de doctorat a été soutenue à l’Université d’Aix-Marseille (Collins 2024) et il a publié trois articles, dont deux co-signés avec des collègues biologistes, ichtyologues, archéologues et géographes (Collins 2021; Collins et al. 2025; West et al. 2025).

Proposition de lecture préalable

Collins, Mark. 2021. « “Les gros poissons se cachent”. Frictions entre conceptions du vivant marin sur l’île de Lavongai (Papouasie-Nouvelle-Guinée) ». Journal de la Société des Océanistes 153 (décembre) : 337‑52. https://doi.org/10.4000/jso.13344.

Séance 4 – 18 mars 10h- Samuel Gorohouna (UNC, LARJE) – “Inégalités et discriminations : état des lieux et perspectives de recherche en Nouvelle-Calédonie”

Le 18 mars prochain, à 10h (heure de Paris), salle 304 de l’Institut de Géographie et en visio (lien de visio / changement d’outil : https://visio.numerique.gouv.fr/ikt-qekg-hmj), Samuel Gorohouna (UNC, LARJE) assurera la quatrième séance du séminaire consacrée au thème suivant : 

Inégalités et discriminations : état des lieux et perspectives de recherche en Nouvelle-Calédonie

Résumé

Un panorama des recherches récentes consacrées aux inégalités et aux discriminations en Nouvelle-Calédonie sera présenté. En mobilisant des approches empiriques issues des sciences économiques, la présentation mettra en lumière les disparités socioéconomiques, territoriales et ethniques qui structurent la société calédonienne.

Présentation de l’intervenant

Samuel Gorohouna est maître de conférences en sciences économiques à l’Université de la Nouvelle-Calédonie et chercheur au LARJE. Ses domaines de recherches concernent les inégalités socioéconomiques (sur le marché du travail, dans la formation et dans l’accès au logement). Il travaille également sur l’entrée des peuples autochtones dans l’économie de marché, sur le verdissement de la fiscalité et les comportements électoraux.

Séance 3 – 26 février – Juliette Kon Kam King (Sc Po, CERI) – “L’Etat, le poisson et le territoire marin: la fabrique des ZEE océaniennes face aux pêcheries thonières” 

Le 26 février prochain, à 18h, salle 304 de l’Institut de Géographie et en visio (ATTENTION nouveau lien de visio / changement d’outil : https://visio.numerique.gouv.fr/ikt-qekg-hmj), Juliette Kon Kam King (Sc Po, CERI) assurera la troisième séance du séminaire consacrée au thème suivant : 

L’Etat, le poisson et le territoire marin: la fabrique des ZEE océaniennes face aux pêcheries thonières

Résumé :

Cette présentation explore les processus de territorialisation des espaces de haute mer du Pacifique en lien avec les développements de l’industrie thonière durant la 2ème moitié du 20ème siècle. La progressive reconceptualisation des espaces hauturiers comme environnements riches de ressources naturelles à exploiter, gérer et conserver, combinée au contexte de décolonisation de l’Océanie, attise de nouveaux projets territoriaux ciblant la haute mer. La présentation retracera comment ces projets de territorialisation, articulés autour de la création des Zones Economiques Exclusives, se trouvent reconfigurés par le contexte (post)colonial de la région et par la matérialité particulière des environnements ciblés. Elle détaillera les stratégies originales déployées par les Etats et Territoires insulaires du Pacifique pour asseoir une forme de souveraineté (qu’il s’agira de qualifier) sur la haute mer et les pêcheries thonières. Cette présentation proposera ainsi de discuter comment les circulations des thons, en tant qu’êtres vivants mais aussi en tant que commodités, informent et déforment les liens “classiques” entre l’Etat, son territoire et les entités “plus qu’humaines” qui s’y trouvent.

Présentation de l’intervenante :

Juliette Kon Kam King est Assistant Professor en science politique et sociologie au Centre d’Etude des Relations Internationales (CERI) de Sciences Po, où elle mène des recherches sur la surveillance environnementale et les politiques des océans. Elle s’intéresse notamment aux infrastructures d’observation et de surveillance des grands fonds marins et des environnements “offshore” en lien avec les enjeux de gouvernance de ces environnements. Elle a auparavant réalisé une thèse de géographie sur les pratiques et politiques de surveillance des pêcheries thonières du Pacifique Ouest et Central (Université Paul Valéry Montpellier 3 / Université de Brême). 

Séance 2 – 12 février – Florence Mury (CNRS, MSH-P) – “Ni désert, ni ruine : penser la dénucléarisation depuis les îles habitées en Polynésie française”

Le 12 février prochain, à 18h, salle 304 de l’Institut de Géographie et en visio (https://cnrs.zoom.us/j/99200052149?pwd=L0VSZDVtVlJSdlFGaTU0STBPSWZwUT09), Florence Mury (CNRS, MSH-P) assurera la deuxième séance du séminaire consacrée au thème suivant : 

Ni désert, ni ruine : penser la dénucléarisation depuis les îles habitées en Polynésie française

Résumé :

Cette communication propose de penser la dénucléarisation en Polynésie française à partir de trois îles(Tureia, Mangareva et Hao) qui, sans être des sites de tir, ont été durablement intégrées au dispositif du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP) en tant que postes périphériques et base avancée. En se décentrant des atolls de Moruroa et Fangataufa, généralement appréhendés comme des espaces interdits et vides, l’analyse se focalise sur des territoires habités, confrontés à des processus de délaissement, de démantèlement et de recomposition qui se déploient dans la durée.
À partir d’une enquête qualitative fondée sur des entretiens et l’analyse des usages des matériaux, infrastructures et espaces hérités du CEP, la communication met en évidence un gradient de mise en visibilité des héritages nucléaires, sur lequel les actrices et acteurs locaux se positionnent de manière différenciée. Ce gradient se manifeste notamment dans les tensions entre un référentiel étatique du démantèlement (technico-juridique, peu participatif et orienté vers l’effacement des traces) et des pratiques locales de réappropriation de certains bâtiments et espaces délaissés, que ceux-ci soient habités, investis pour d’autres usages, ou intégrés dans des projets de mise en patrimoine.
Loin de relever d’une supposée « nostalgie nucléaire », ces usages s’inscrivent dans des rationalités situées, liées à la rareté des matériaux, à la mémoire des baux et des compensations promises, mais aussi à la perte de centralité et de services consécutive au retrait du CEP. En comparant les trajectoires de Tureia, Hao et Mangareva, cette communication montre que la dénucléarisation ne peut être appréhendée comme une séquence homogène ni comme l’achèvement d’un cycle nucléaire, mais comme une dynamique territorialisée, traversée par des inégalités héritées de la nucléarisation ainsi que par des formes d’agentivité locale inégalement reconnues.

Proposition de lecture préalable :

Teva Meyer et Renaud Meltz, « Hao, de la bombe française au poisson chinois », Revue Historique des Armées, vol. 2, n° 299, 2020, p. 111-126.

Séance 1 – 29 janvier – Matthias Kowasch (Sorbonne Université, Médiations) – “Colonialité et savoirs autochtones dans le système éducatif du Vanuatu”

Le 29 janvier prochain, à 18h, salle 304 de l’Institut de Géographie, Matthias Kowasch (Sorbonne Université, Médiations) inaugurera ce nouveau cycle de séminaires avec une première séance consacrée au thème suivant : 

“Colonialité et savoirs autochtones dans le système éducatif du Vanuatu“

Mots clés : Colonialité, savoirs et pratiques autochtones, jardin scolaire, éducation formelle, décolonisation, Vanuatu  
Résumé :
     Différents chercheur.e.s défendant une approche décoloniale ont fait valoir que le capitalisme et la modernité sont à l’origine d’une violence épistémique, qui se manifeste dans la colonialité du savoir et du pouvoir (p.ex., Dotson, 2011 ; Santos, 2014). La colonialité est présente dans la vie quotidienne, étant donné que les langues, les systèmes éducatifs et les systèmes d’organisation sociale sont marqués par la race et le genre, et imposés aux territoires dans le cadre d’un processus de gouvernance coloniale (Zavala, 2016). La décolonisation implique la restitution des terres, la modification du système éducatif et la reconfiguration des relations de pouvoir (Curley et Smith, 2020).
     Le système éducatif du Vanuatu se caractérise par son héritage colonial et par un écart important entre l’enseignement scolaire et la vie quotidienne des élèves, notamment par une perte des savoirs et pratiques traditionnelles et des langues vernaculaires. Les langues d’enseignement sont l’anglais ou le français au Vanuatu, la langue officielle bislama est parfois interdite et les langues vernaculaires sont à peine promues. Cependant, les savoirs autochtones peuvent briser la dichotomie classique entre nature et société, et apporter une contribution importante à la décolonisation de l’éducation.

    Cette communication explore les savoirs autochtones sur les pratiques agricoles promus par les jardins scolaires au Vanuatu. Les jardins scolaires où sont cultivés manioc, taro et d’autres plantes permettent de créer un lien avec la kastom et contribuent également à renforcer la résilience climatique dans un pays où les aléas climatiques sont fréquents. La communication est basée sur une étude empirique dans cinq établissements scolaires sur les îles de Tanna et Efate et des entretiens avec des proviseurs et des enseignants, en collaboration avec des chercheur.e.s ni-vanuatu.

Reprise du séminaire Pasifika

Le séminaire “Pasifika, des îles dans la mondialisation” reprend pour une troisième saison dont le thème est : “Circulations, ressources, territorialités“. Après deux saisons organisées à l’Université de la Polynésie française, cet événement bimensuel se déplace à Paris, plus précisément à l’Institut de géographie, salle 304 (3ème étage). La visio est toujours assurée en direct (lien) et les séances sont annoncées (résumé + article à lire en préparation de la communication) et diffusées via la carnet Hypothèses du séminaire. Ci-dessous, vous trouverez l’intégralité du programme du séminaire, ainsi que le texte de présentation de cette troisième saison. 
Cette troisième saison intéressera tout particulièrement les candidat.e.s aux concours de l’enseignement en histoire-géographie (CAPES et agrégation), dans le cadre de la nouvelle question sur le “Pacifique”. 

L’équipe d’organisation se renforce : Matthias Kowasch (Sorbonne Université, Médiations), Renaud Meltz (CNRS, CAK), Florence Mury (CNRS, MSHP), Serge Tcherkézoff (EHESS, CREDO), Samuel Gorohouna (Université de la Nouvelle-Calédonie, LARJE), Pierre Metsan (Université Nationale du Vanuatu) et Teriitutea Quesnot (Université Côte d’Azur, UMR ESPACE)

Programme provisoire :

Présentation :

Après une première saison analysant la place des territoires océaniens dans le grand récit sur la “modernité”, puis une seconde saison s’intéressant aux enjeux de souveraineté propres à la région, le séminaire “Pasifika, des îles dans la mondialisation” poursuit sur sa lancée. Cette année, le séminaire propose de croiser les trois notions “Circulations, ressources, territorialités” pour éclairer les dynamiques socio-économiques, politiques et spatiales à l’oeuvre en Océanie. En effet, on ne peut plus, depuis Epeli Hau’ofa, s’en tenir à la perspective continentalo-centrée qui faisait des territoires insulaires du Pacifique des espaces isolés, à l’écart des grands réseaux globalisés, figés dans une situation de dépendance vis-à-vis de puissances extérieures.

Comme ailleurs, l’exploitation et la consommation de ressources (matérielles et immatérielles) ainsi que la mobilité des personnes contribuent aux grandes circulations et aux échanges qui définissent la mondialisation, et les échanges entre les îles du Pacifique. Historiquement, ces circulations ont été précocement valorisées, codifiées en Océanie (kula), selon une conception du déplacement qui restait compatible avec l’ancrage dans un lieu d’origine, définissant des territorialités souples. Ces circulations font désormais partie de l’historiographie classique.

La colonisation a profondément déséquilibré ces systèmes, remis en cause ou rigidifiés, et instauré une asymétrie durable des échanges. Les stratégies de développement mises en œuvre pour répondre à ces déséquilibres se sont émancipées des héritages coloniaux en passant par de nouvelles dépendances exogènes qui redéfinissent les rapports aux ressources, aux mobilités et aux territoires. L’exploitation minière est ainsi parfois perçue comme un instrument pour une émancipation économique des anciennes puissances coloniales, mais elle représente aussi de nouvelles dépendances (vis-à-vis de la demande au marché mondial, des multinationales, etc.) qui sont difficiles à maîtriser. Le séminaire Pasifika interroge ainsi le rôle de l’exploitation des ressources dites “naturelles”, leur importance dans la construction d’identité territoriale et leur place dans les enjeux géopolitiques actuels.

Les dynamiques contemporaines en Océanie sont travaillées par une tension entre des héritages historiques et des pratiques relationnelles ancrées dans des conceptions autochtones de la circulation et du territoire, d’une part, et des dispositifs politiques, économiques et juridiques issus de la colonisation et de la mondialisation néolibérale d’autre part. Loin de se réduire à une opposition figée, cette tension se manifeste à travers des recompositions constantes des rapports aux ressources, aux mobilités et aux espaces, révélant la capacité des sociétés océaniennes à négocier, adapter et parfois subvertir les cadres imposés.

La 3e saison du séminaire Pasifika propose de mettre en dialogue circulations, ressources et territorialités, pour interroger les processus de transformation à l’oeuvre dans un espace qui n’est plus conçu comme une périphérie passive de la mondialisation: nous considérons des sociétés actrices, productrices de normes, de savoirs et de formes originales d’inscription dans le monde.